L'échantillon : un mal-aimé en quête d'attention

Tous les prétextes sont bons pour se soustraire à l'échantillon : "je n'en ai jamais fait et n'ai jamais eu de soucis", "j'ai tout juste assez de laine pour mon projet et ne peux pas en utiliser davantage",  ou encore "c'est un modèle ample qui pardonnera une petite différence de tension". Il faut dire qu'il a l'art de choisir son timing : la laine est enfin prête à danser sur nos aiguilles et voilà qu'il se dresse entre nous et notre futur ouvrage, taquinant notre impatience. Si vous êtes tenté(e) d'ignorer cet importun, sachez qu'il est rancunier. 

L'échantillon est au tricot ce que les proportions sont à la cuisine : imaginez  préparer un gâteau en mélangeant les bons ingrédients dans des quantités hasardeuses. Dès lors, suivre scrupuleusement la recette ne prémunit plus contre un résultat approximatif. Pire, ce n'est qu'une fois le gâteau goûté que l'on réalise l'étendue de notre déception. Et si certaines recettes peuvent souffrir une petite fantaisie, d'autres nécessitent davantage d'attention. Il en va de même pour le tricot.

Sous ses airs peu engageants, l'échantillon est en réalité un allié bienveillant aux multiples attraits : finis les ouvrages trop grands, trop petits, trop compacts ou trop lâches ; exit les laines inadaptées et les jacquards aux couleurs mal assorties ; terminées les mauvaises surprises au moment du blocage et les quantités de laine insuffisantes pour terminer un ouvrage ; plus d'en-cours à détricoter ni d'aiguilles à racheter a posteriori. Mais ce n'est pas tout, car non content d'être un gage de satisfaction, l'échantillon est également un lieu d'expérimentation : il nous offre l'opportunité de nous essayer à de nouveaux points sans appréhension, de nous tromper sans avoir à détricoter, de peaufiner nos techniques et de tester nos idées. Tout ça en échange de quelques mailles, avouez qu'il a de bons arguments.

Alors, lui laissez-vous une chance ?

 

Réaliser son premier échantillon

 

Si vous êtes désormais convaincu(e) de l'importance de l'échantillon, vous comprenez sans doute que pour être exploitable, ce dernier doit être réalisé correctement. Que diriez-vous de découvrir ensemble comment procéder ? 

Prenons un exemple : dans ce joli patron que vous vous apprêtez à tricoter, le designer mentionne "22 mailles x 30 rangs = 10 cm en point jersey avec des aiguilles de 3,5 mm". Cela signifie qu'en tricotant en point jersey avec des aiguilles de 3,5 mm, le créateur du modèle compte 22 mailles et 30 rangs pour 10 cm. Il a conçu tout son patron conformément à ces mesures : notre objectif va donc être d'obtenir le même échantillon pour tricoter ce modèle aux bonnes dimensions.

Pour ce faire, nous allons nous munir d'aiguilles de 3,5 mm (les mêmes que celles qui serviront à tricoter l'ouvrage par la suite) et commencer par monter des mailles. La première question que l'on se pose est la suivante : combien de mailles dois-je monter ? Pour pour y répondre, nous allons additionner trois éléments :

Le nombre de mailles préconisées dans le patron pour 10 cm. 

Une petite marge de quelques mailles : afin d'obtenir des mesures plus précises, il est recommandé de ne pas mesurer les mailles qui se trouvent près des bords.

Une bordure : l'échantillon comporte une bordure, généralement en point mousse ou en point de riz, qui permet de stabiliser les mailles centrales et faciliter la prise de mesures.

 

Nombre de mailles à monter = nombre de mailles pour 10 cm + marge + bordure

 

Dans notre exemple, nous comptons 22 mailles pour 10 cm, choisissons une marge de 6 mailles (3 mailles de chaque côté) et souhaitons une bordure de 8 mailles (4 mailles de point mousse de chaque côté). Nous allons donc monter 22 + 6 + 8 = 36 mailles.

 

 

 

Une fois nos mailles montées, une seconde question survient : combien de rangs dois-je tricoter ? La réponse est la même que précédemment : nous additionnons le nombre de rangs préconisés pour 10 cm, une petite marge de quelques rangs et une bordure. En tricot, les mailles sont plus larges que hautes. De ce fait, pour une même mesure, le nombre de rangs est supérieur au nombre de mailles.

 

Nombre de rangs à tricoter = nombre de rangs pour 10 cm + marge + bordure

 

Dans notre exemple, nous comptons 30 rangs pour 10 cm, choisissons une marge de 8 rangs (4 rangs à chaque extrémité) et souhaitons une bordure de 10 rangs (5 rangs de point mousse à chaque extrémité). Nous allons donc tricoter 30 + 8 + 10 = 48 rangs.

 

 

 

Les détails de notre échantillon n'ont désormais plus de secrets pour nous et peuvent être retranscrits ainsi : 

Monter 36 mailles. 

Tricoter 5 rangs de point mousse.

Tricoter 38 rangs ainsi : 4 mailles en point mousse, 28 mailles en point jersey, 4 mailles en point mousse. 

Tricoter 5 rangs de point mousse.

Rabattre 36 mailles. 

 

À vos aiguilles !

 

Nous y sommes presque, une troisième et dernière question demeure en suspens : une fois mon échantillon tricoté, dois-je le bloquer ? Les mesures mentionnées dans les patrons sont généralement calculées après blocage, l'idée étant de faire subir à l'échantillon le même traitement qu'à l'ouvrage.

 

Mesures de l'échantillon = mesures finales

 

La réponse à cette question dépend donc du sort que vous réservez à votre tricot : si vous prévoyez de bloquer votre ouvrage, votre échantillon doit l'être également. À l'inverse, si votre réalisation n'est pas destinée à être bloquée, votre échantillon non plus.

 

 

 

Votre échantillon est prêt, félicitations ! Il est tricoté ici en Athéna - Mademoiselle Pivoine et Orphée - T'es belle au naturel. Partagez vos jolies photos avec le hashtag #lainamoureuse ou #lainamoureux et faites-nous découvrir les aperçus de vos futures merveilles.

 

Mesurer l'échantillon

 

Pour mesurer notre échantillon, il nous faut compter le nombre de petits V formés par les mailles sur 10 cm au centre de l'ouvrage. Le nombre obtenu à l'horizontale correspond au nombre de mailles et le nombre obtenu à la verticale au nombre de rangs.

 

 

 

Exploiter l'échantillon

 

C'est l'instant de vérité : notre échantillon est-il parfait, trop grand ou trop petit ?

Un échantillon parfait - Nous obtenons bien 22 mailles et 30 rangs pour 10 cm : notre tension coïncide avec celle du designer et notre ouvrage correspondra aux dimensions prévues par ce dernier.

Un échantillon trop grand - Nous obtenons 18 mailles et 26 rangs pour 10 cm : notre tension est plus lâche que celle du designer. Les dimensions de notre ouvrage seront plus grandes que celles prévues par ce dernier et notre tricot aura un rendu plus lâche.

Un échantillon trop petit - Nous obtenons 28 mailles et 36 rangs pour 10 cm : notre tension est plus serrée que celle du designer. Les dimensions de notre ouvrage seront plus petites que celles prévues par ce dernier et notre tricot aura un rendu plus compact.

 

Se pose alors la question suivante : comment faire coïncider une tension trop lâche ou trop serrée avec celle du designer ? Pour cela, il nous faut refaire l'échantillon en modifiant un ou plusieurs éléments susceptibles d'impacter nos mesures. Plusieurs solutions s'offrent à nous :

Ajuster notre tension : lorsque l'on a conscience de tricoter avec une tension trop lâche ou trop serrée, il est possible de compenser en tirant plus ou moins sur le fil qu'à notre habitude. C'est un exercice difficile qui nécessite beaucoup d'attention pour un résultat aléatoire. Pour cette raison, si cette solution existe, elle n'est généralement pas privilégiée.

Changer de méthode de tricot : cette solution s'adresse à celles et ceux qui sont aussi à l'aise en tricotant avec la méthode anglaise qu'avec la méthode continentale.

Utiliser une autre taille d'aiguilles : utiliser des aiguilles de taille inférieure est un bon moyen de compenser une tension trop lâche. De même, tricoter avec des aiguilles de taille supérieure est une solution simple pour corriger une tension trop serrée.

Opter pour une autre qualité d'aiguilles : choisir des aiguilles en bois, en métal ou en plastique n'est pas anodin. La prise en main n'étant pas la même, cela peut avoir une incidence sur notre tension.

Choisir une autre laine : la qualité, la texture, le poids, le métrage et l'épaisseur de la laine sont susceptibles d'impacter l'échantillon.


Et si rien de tout cela ne fonctionne ? Si par malchance aucune de ces solutions ne nous apporte satisfaction, il ne nous reste que deux solutions : 

Tricoter le patron dans une autre taille : au regard de notre échantillon, nous pouvons déterminer quelle autre taille se rapprochera au mieux des mesures que nous souhaitons pour notre ouvrage.

Adapter le patron : si le modèle et notre niveau de tricot le permettent, nous pouvons exploiter nos mesures pour adapter le patron de sorte que ses dimensions nous conviennent.


Petite astuce : sur Ravelry, l'échantillon est mentionné sur la page d'accueil des modèles. Il est donc possible d'effectuer une recherche par type de laine ou par taille d'aiguilles et de ne retenir ensuite que les patrons dont les échantillons sont compatibles avec celui que vous avez réalisé.

 

D'utilité et de nuances 

 

Aussi utile que soit notre mal-aimé, le tricot n'en demeure pas moins une activité manuelle soumise à de nombreux facteurs. Parmi eux, le stress et la fatigue ont parfois une incidence sur notre tension, de sorte que celle-ci peut varier au sein d'un même ouvrage. De même, le blocage revêt un caractère imprécis susceptible d'impacter nos mesures. Si l'échantillon n'offre pas une alternative pérenne à tous les aléas, il permet en revanche d'en limiter significativement les effets. Une raison suffisante pour ne pas trop lui en vouloir, vous ne trouvez pas ?

 

 

 

3 commentaires

  • Merci bcp pour cet article que je n’avais pas encore lu!!!!
    Je crois qu’apres ça je vais enfin m’y mettre!!!😉

    Nayrolles caroline
  • Merci pour cet article! Détaillé, précis et si bien écrit que je l’ai lu jusqu’au bout par plaisir ! Je félicite la rédactrice !

    Pascale
  • Merci Océane et Pauline pour cet article sur l’échantillon très détaillé. C’est un vrai plaisir de lire la plume d’Océane 😘

    Gaëlle

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